LE BLOG CCPA

DE RETOUR D'UNE SEMAINE "VELO-RANDO"

Une escapade revivifiante

 

Il m’a été offert de participer en avril 2015 à la semaine « vélo - rando » organisée par le CCPA. Cet événement s’est déroulé dans le charmant village de Fraisse sur Agout, commune située sur la montagne du Somail dans les terres du parc naturel régional du Haut-Languedoc. À quelques heures de mon retour, je vous ferai avec sincérité l’éloge du confort « plus plus » dont j’ai pu bénéficier durant ces huit jours. J’ai toutefois le sentiment que la source de ce plaisir éprouvé est bien plus complexe, impalpable et invisible.

 

Mon adhésion au Centre de Culture Physique d’Aquitaine (et le mot « adhésion » me semble primordial) remonte à un an et demi maintenant et coïncide avec mon arrivée sur Bordeaux, cherchant à ce moment-là à recouvrer ma condition physique et à ne pas m’isoler dans cette ville où je n’avais que peu d’attaches. J’y ai démarré très vite le vélo, activité dans laquelle je me sens à l’aise et prends beaucoup de plaisir. De séances de vélo-pédalo en cours de bike, ponctués de cours de gym traditionnelle, de discussions et de sorties sur route avec les habitués, je me suis laissé tenter par un week-end organisé à Cahors puis à Saint Antonin Noble Val, par une Cyclotourisme « La Carbonblanaise », et j’ai plongé la tête la première dans la sortie annuelle du club.

 

En supplément du plaisir physique toujours plus présent au fil de ces activités, j’ai été happée par les rencontres faites en parcourant ce chemin et eus très vite le sentiment que le résultat serait au-delà de mes espérances et que cet échange me réconcilierait avec des valeurs chères à mes yeux.

 

La portée de nos actions n’est pas toujours facile à estimer ; C’est pourquoi je souhaitais vous donner un petit aperçu du cheminement qui s’est opéré en moi durant cette semaine au grand air.

 

J’ai commencé le séjour la tête dans le guidon du vélo, très attentive à la route et à mon coup de pédale. Puis, au deuxième jour, la pluie s’est invitée à la partie. Je ne parle pas d’une fine bruine, qui n’aurait aucunement découragé les troupes à franchir les célèbres cols de la Jasse ou du Cabarétou (choses faites les jours suivants), mais de trombes d’eau qui rendaient trop périlleuse la pratique de notre sport favori. Remarquant par la fenêtre les truites frétillantes dans le ruisseau, un membre de l’équipage nous a embarqués dans une partie de pêche mémorable. Nous voilà, tenant des cannes à la place de nos bidons. Ce jour-là, le capitaine du navire a été clair sur les objectifs : « pas question de se mettre à l’abri avant d’avoir pêché 11 truites pour le repas du soir, personne ne sera oublié (bizarre, en comptant les dés nous sommes dix ; puis l’instant d’après dans ma tête d’autres personnes s’invitent à la fête ; le chef aurait-il eu à une pensée pour un absent ? Ça ne m’étonnerait pas !). En constatant que, tout fraîchement arrivée dans le groupe, j’étais mise en première ligne de la collecte et que j’aurai droit également à la même portion que les autres, un premier déclic s’est opéré en moi. En prime, j’ai découvert avec stupéfaction les capacités cachées de la truite qui s’avère être un poisson qui vole remarquablement sur des distances d’environ la longueur du fil de pêche et qui peut avaler jusqu’à 4 grains de maïs par simple gourmandise avant de mordre à l’hameçon. Heureusement que le performeur de l’équipe a pris le relais, nous évitant un bon rhume et nous permettant ainsi d’aller nous réchauffer plus vite au coin du feu.

 

S’ouvrir aux autres n’est pas chose facile et nous expose à des faits incontrôlables. Après quelques jours à vivre ensemble, à partager les chambres, les repas et les activités, la glace était pourtant rompue par le sentiment que chacun participait avec conviction à mon intégration, en me transmettant de précieux conseils, non pas pour me dicter la conduite à adopter mais dans le seul but de m’encourager à faire mes propres choix.

 

En cherchant ma place dans la horde (pas question d’enlever le pain de la bouche du voisin), je me suis lancée à plusieurs reprises dans des actions coup de poing afin de démontrer à la collectivité mon souhait de me rendre utile et me suis senti passer à deux doigts de la faute (voire du carton jaune, le carton rouge ayant été oublié au vestiaire par l’équipe) en sollicitant la responsabilité sur un coup de tête de la machine à laver la vaisselle. Certes il s’agit là d’un outil très pratique en présence d’une tablée de 10 personnes et qui paraît de premier abord très abordable au vu de ces trois boutons fonctions avec légende. Pour autant, j’étais loin d’en maîtriser toute la mécanique, ce qui m’a valu quelques heures d’insomnies. Responsable de la machine à laver la vaisselle… Je m’étais mise dans de beaux draps… J’aurais peut-être dû me limiter à la machine à laver le linge dont on m’avait montré l’usage… Et si elle tombait en panne, je ne pourrais pas repousser la faute sur le copain, ni me défiler… À mi-parcours de la sortie vélo journalière, au cours du pique-nique merveilleusement livré au bord d’un petit cours d’eau, le couperet est tombé... Un bruit suspect a été détecté par un membre de l’équipe resté au campement pour veiller au grain. J’ai de suite su qu’il s’agissait de la machine. Déterminée à tenir mon poste jusqu’au bout, je monte dare-dare en selle dans le camion de dépannage afin d’aller constater l’étendue des dégâts. À notre arrivée, grand « Ouf » de soulagement, plus de peur que de mal, la machine fonctionne toujours ! Et ne croyez pas que la fin de journée fut fichue pour autant, quelques minutes plus tard je pus pleinement profiter d’un petit aparté réconfortant cent pour cent féminin.

 

Il y a des étapes qu’on ne peut franchir seul et des petits détails qui font toute la différence. A mi-semaine, l’équipe au complet, soudée, le moral au beau fixe, le moment me sembla opportun pour parfaire quelques réglages sur mon vélo et finir par admettre que ma selle était trop basse. Non faute à l’équipe de me l’avoir fait aimablement remarquer à maintes reprises, mais bien consciente que ce changement de hauteur me vaudrait quelques courbatures, je rechignai naturellement à le faire. Il en a été de même pour le développement utilisé lors de nos escapades. Ne me voyant pas à l’action, un de mes coéquipiers m’a malignement signalé qu’il manquait deux « petites quenottes » à mon braquet pour pouvoir synchroniser mon pédalage avec le reste du groupe. Et quel dommage ça aurait été de passer à côté de cette sensation de rouler ensemble!

 

Malgré cette partie de plaisir toujours bien présente dans mon esprit, le lendemain, au réveil, je ne me sentais pas en canne. Je ne sais pas encore quel geste m’a trahi, s’il s’est agi de mon coup de fourchette moins convaincant au souper (j’ai pour réputation d’être gourmande, surtout devant des plats colorés concoctés avec amour) ou pour m’être privée de la rituelle troisième mi-temps de partie de dés et de mon attachement au pays basque… En tout cas les jours suivant le peloton a pris grand soin de moi et cerise sur le gâteau, j’ai même pu prendre une roue lors d’un sprint pour une petite échappée au resto revigorante.

 

Je me rappelle avoir dit à la fin du séjour en rangeant notre pièce de vie : tout doit disparaître! Vous aurez compris que j’ai manifesté là mon souhait de partager avec vous un grand ménage fédérateur dans ce lieu que j’ai tant apprécié et repartir en prime avec une portion des restes de victuailles pour mon repas du soir. Il est évident pour moi que cette initiative doit perdurer le plus longtemps possible. Pour ma part, elle m’a permis de me rappeler que j’aimais les gens et que vivre ensemble nous permet d’apprendre ou même de nous réapprendre une multitude de choses. Elle m’a donné envie d’essayer de trouver plus souvent la force de faire « risette » (du verbe anglais « reset », signifiant remettre à zéro ou du mot « risette » signifiant sourire, comme vous voudrez) aux sentiments négatifs quand ils se présenteront et de m’ouvrir aux autres. J’avais envie de ressentir ça depuis longtemps, mais je ne l’osais plus, c’est chose faite.

 

J’ai même aujourd’hui envie d’aller plus loin et de mettre en application tous ces apprentissages dans ma vie professionnelle autant que personnelle (quoi, il est autorisé de changer d’avis non ? et puis de mon bureau, j’entends le même bruit de tronçonneuse, et ce n’est pas une allégorie pour le coup! Ne vous inquiétez pas, un autre arbre était replanté simultanément!).

 

Un grand merci aux personnes présentes cette semaine pour votre prévenance, tous ces bons moments, l’organisation bien huilée de ces 7 jours qui m’a permis d’en arriver là

À Roxane, pour m’avoir accompagnée sur la zone de retournement et réconciliée avec ma féminité, 

À Bernard, pour m’avoir fait travailler mon élocution par série de fou rire et démontré que l’humour est un atout redoutable,

À Stéphane, pour m’avoir abritée dans sa roue et fait franchir le mur du son,

À Jean-Paul, pour avoir enlevé les cailloux sur le chemin et fait éclater la bulle qui m’asphyxiait à coup de brin de folie,

À Pascal, pour m’avoir fait comprendre que quand tu as vraiment envie de faire quelque chose aucun obstacle ne doit t’arrêter,

À Patrice, pour m’avoir procuré un effet adoucissant immédiat en me rebaptisant de ce petit nom d’animal sauvage,

À Rémi, pour m’avoir envoyé des messages « subliminaux » de lâcher prise et de reconnexion avec le monde qui m’entoure,  

À Marc, pour m’avoir ouvert la voie et jeté la corde qui m’a permis de raccrocher le peloton en cours de route,

À Francis, pour m’avoir permis de bénéficier de ce sas de décompression et pour ces liens que tu noues un peu plus chaque jour en n’oubliant personne,  

À Nicole, Pierre, Joaquim, Stéphane, Philippe et Philippe, Noëlla, Marie-Laure, Cécile, Christian, Damien, Xavier, Valentin, Rose, Valérie, Marion et leur famille,

À Jean pour m’avoir soutenue d’une relecture pédagogique et philosophe,

À tout le collectif du CCPA, avec qui j’espère avoir l’occasion de rouler, marcher, pêcher, rigoler, parler, et même si le cœur vous en dit, chanter. Effet boule-de-neige, j’ai envie de trouver pleins d’autres prétextes, même si il y a en déjà dans les tuyaux, pour partager des moments ensemble. 

Ces mots auront inévitablement plus ou moins de sens pour vous à leur lecture. J’ai toutefois l’espoir qu’il en trouve un, comme il en a été le cas pour moi à travers cette expédition des célèbres phrases prononcées en cours de bike par le gardien du temple telles que « hydratez-vous, si vous n’avez pas soif buvez quand même » (ou quelque chose comme ça) ou encore « un cycliste ne triche jamais ».

 

J’ai bien compris que les trophées locaux remis au cours du séjour (et mangés par un écureuil) n’étaient pas définitivement acquis et qu’une reprise en main totale (faut pas charrier quand même ! Je ne vais pas repartir de zéro à chaque fois! J’ai un peu de mémoire quand même!) était recommandée dès la prochaine édition. Je ne peux donc que souhaiter votre participation nombreuse lors de ces événements afin de travailler tous ces nouveaux muscles que je me suis découvert à travers vous et faire évoluer mon rôle au sein du groupe en participant à mon tour à l’intégration des nouveaux arrivants ceci dans le seul but d’une démarche commune d’amélioration continue. À votre santé.

 

Aurélie Torné-Chulat